Les serviettes hygiéniques lavables améliorent la gestion des règles en Afrique
En Afrique, la gestion de l’hygiène menstruelle reste un défi majeur en raison du manque d’accès à des produits abordables, d’infrastructures insuffisantes en eau et assainissement, ainsi que des tabous sociaux qui entravant une expérience sereine des règles. Les serviettes hygiéniques lavables apparaissent comme une solution durable pour répondre à ces enjeux, mais leur efficacité, leur sécurité et leur adoption varient selon les contextes.
Les études menées sur le continent montrent que ces serviettes réduisent significativement les fuites par rapport aux méthodes traditionnelles comme les tissus improvisés. Par exemple, les utilisatrices de serviettes lavables signalent jusqu’à deux fois moins de fuites que celles utilisant des chiffons, ce qui améliore leur confiance lors des activités quotidiennes ou scolaires. En laboratoire, certains modèles en coton et bambou démontrent une capacité d’absorption supérieure à celle des serviettes jetables, avec un temps de pénétration du liquide plus rapide, ce qui renforce leur performance technique.
Cependant, la comparaison avec les serviettes jetables révèle des résultats plus nuancés. Bien que certaines serviettes lavables rivalisent avec les jetables en termes d’absorption, la perception de leur efficacité dépend fortement de leur ajustement, de la familiarité des utilisatrices et du contexte d’utilisation. Le confort et la discrétion jouent un rôle clé dans l’appréciation globale, prouvant que l’efficacité ne se limite pas à des critères techniques.
Côté sécurité, les serviettes lavables s’avèrent sans danger à condition de respecter des pratiques d’hygiène rigoureuses. Les recherches indiquent que le lavage à l’eau seule laisse des résidus microbiens importants, tandis qu’un nettoyage combinant détergent, désinfectant et repassage élimine presque totalement les bactéries. En pratique, l’absence de savon, d’eau propre ou d’espace privé pour sécher les serviettes augmente les risques d’irritations ou d’infections. Ainsi, leur innocuité repose avant tout sur l’éducation des utilisatrices et sur l’accès à des infrastructures adaptées.
L’adoption de ces serviettes dépend de plusieurs facteurs. Les femmes les plus âgées, les plus pauvres ou celles vivant dans des foyers sans ressources suffisantes pour acheter des produits jetables sont les plus enclines à les utiliser. Leur acceptation est aussi liée à la qualité du produit : les modèles doux, imperméables et faciles à fixer sont plébiscités. Pourtant, des obstacles persistent, comme le manque de lieux discrets pour les laver et les sécher, surtout dans les écoles ou les camps de réfugiés. Sans un nombre suffisant de serviettes fournies, certaines utilisatrices doivent en porter encore humides, ce qui compromet leur bien-être.
Les programmes les plus réussis associent distribution de serviettes, formation à leur entretien et amélioration des conditions locales, comme l’accès à l’eau et à des espaces privés. Ces initiatives montrent que les serviettes lavables ne sont pas une solution miracle, mais qu’elles peuvent transformer la gestion des règles si elles s’inscrivent dans une approche globale, adaptée aux réalités locales. Leur succès dépend donc autant de la qualité du produit que du soutien environnemental et éducatif qui l’accompagne.
Informations et sources
Référence scientifique
DOI : https://doi.org/10.1186/s12982-026-02380-5
Titre : A systematic review on effectiveness, safety and adoption of reusable menstrual pads in Africa
Revue : Discover Public Health
Éditeur : Springer Science and Business Media LLC
Auteurs : Amina Suleiman Rajah; Umar Lawal Bello; Abdullahi Haruna Ibrahim; Ahmed Suberu; Adamu Dalhatu; Umar Yunusa; Emeritiana Eshiebor